Paris Capitale du Libre (partie 2/4) : Synthèse

Lundi 18 juin 2007 2 réactions

Paris Capitale du Libre

Après une brève présentation de l’évènement Paris Capitale du Libre dans mon article précédent, voici maintenant une petite synthèse rapide des 4 conférences auxquelles j’ai assisté.

Cette synthèse a été réalisée en collaboration avec mon ami Emilien Pierru (alias twk), qui je le rappelle, a également été mon photographe officiel durant les 2 jours de l’évènement.

Cette synthèse sera également disponible au format PDF à la fin de l’article d’ici très peu de temps.
Un PDF unique regroupant les 4 parties sera également disponible à la fin du dernier article.

“e-Administration Libre en Europe : succès & défis” (13/06, 14h-16h)

La liste des intervenants est disponible sur cette page.

Le mot qui revient chez chacun des intervenants est “interopérabilité”. Mais on peut le restreindre même encore plus à “inter-europérabilité” pour les échanges entre les e-Administrations de l’Europe.

Le problème se pose entre les différents pays (un niveau d’avancement différent dans l’adoption du libre) mais aussi dans les différentes régions d’un même pays, comme par exemple dans le cas exposé par le belge Pascal Verhoest (Flandres/Wallonie). D’autres scénarios sont imaginables dans plusieurs autres pays, comme l’Espagne avec le Pays Basque opposé au reste du pays.
Mais au Canada, en Scandinavie et au Danemark, l’e-Administration a été imposée, alors qu’en France, à ce niveau là nous sommes en retard.
L’adoption du logiciel libre dans l’e-Administration a-t-elle aussi des enjeux géopolitiques ?

Au niveau des chiffres concernant Internet, 2 embauches sur 3 sont faites sur internet et 30% des déménagements font le changement d’adresse en ligne.
Pour le ministère des Affaires Etrangères en France, le budget informatique est d’environ 80 000 €. Seul 1,5% de celui-ci réprésente le coût des licences. Le prix n’est donc pas un critère de choix majeur pour l’utilisation des logiciels. Ce budget est également réparti dans les salaires liés aux métiers informatiques au ministère.

On en revient donc au soucis d’interopérabilité. L’OpenDocument est un standard ouvert pas forcément favorable à l’interopérabilité, car même si la Gendarmerie Nationale prouve en utilisant OpenOffice que l’adoption de logiciel porte ses fruits, le groupe EDF reste encore sur son standard “Pivot”.
Henri Serres (Directeur Général de la DGSIC) expliquait qu’au Ministère de la Défense, le plus important était l’interopérabilité et non le choix des logiciels. En effet, à la Défense, le format imposé est l’OpenDocument, mais le logiciel utilisé pour lire & écrire sur ce format importe peu, que ce soit OpenOffice ou Microsoft Office muni d’un plugin, tant qu’il est possible de travailler avec ce standard, c’est ce qui compte. Et c’est la même chose pour le Ministère de l’Emploi et de l’Informatisation en Belgique.

Enfin, la notion de libre, open-source, et standard ouvert reste ambigüe.
Pour Jean-Séverin Lair (Ingénieur en chef des télécommunications à la DGME) la notion de logiciel libre / open-source est très restreinte :
par exemple, si vous réalisez une application en PHP et que vous publiez son code source, si celle-ci n’a pas de communauté et/ou d’éditeur, ça ne rentre pas vraiment dans le cadre de l’open-source.
autre exemple, si la souche est libre, que le produit est géré par une entreprise privée ou que la communauté autour du produit est faible, le produit est considéré comme “propriétaire masqué”.

De plus, Henri Serres a affirmé que l’adoption du libre dans les administrations ne posait pas de problème au niveau sécurité. Mais après l’avoir écouté, il apparait que le code source libre que s’approprie (et modifie) le ministère de la Défense devient rapidement “semi-propriétaire” puisqu’il ne peut logiquement pas être dévoilé, pour des raisons de sécurité.
On retrouve le même problème pour les grands comptes comme Essilor, cf. 3e partie de l’article (”Quelles stratégies d’utilisation des logiciels libres dans les grands comptes ?”).

Petite news au passage : Philippe Kanony du groupe Unilog a annoncé le développement d’une application pour le Ministère de l’Ecologie du type Google Earth incluant les émissions de gaz à effet de serre, etc…

Paris-Libre - Conférence eAdmin

“L’économie du savoir à l’ère numérique” (14/06, 11h-12h30)

La liste des intervenants est disponible sur cette page.

L’émergence puissante du libre en général (et non pas que des logiciels) remet en cause la notion de droits d’auteurs.

Mais tout ceci représente un patrimoine immatériel considérable recouvrant notamment les brevets, les licences, les fréquences, les marques, les savoirs-faire publics, les bases de données, et les droits d’accès ou les images publiques, et c’est pour cette raison que l’Etat français a décidé de créer l’Agence du Patrimoine Immatériel de l’Etat (APIE) le 16 mai 2007 (cf. communiqué n°198 du Ministère des Finances, PDF), comme l’a dit Bernard Lang dans son introduction à la conférence.

Beaucoup pensent que le fait de participer à la communauté du libre se base sur l’égo et le mérite : “on développe du libre pour être reconnu”.
Dans le cas de Wikipédia par exemple, certains intervenants ont vu la rédaction d’article sur l’encyclopédie communautaire en ligne comme une compétence que l’on peut inscrire sur son CV.
Plusieurs objections sont à formuler :
- Comment peut-on prétendre à cela étant donné le caractère en constante évolution des articles et de ces rédactions ? Même si un système de version (versioning) existe et peut montrer la rédaction avancée par chaque auteur, la version finale n’est-elle pas censée être la bonne ? Sachant que les articles de Wikipédia sont en constante modification, les version finales des articles n’existent pas vraiment.
- Le second problème qui se pose, c’est la valeur de Wikipédia. Même si les commentaires positifs sur l’encyclopédie sont extrèmements nombreux, celle-ci tend encore à être reconnue dans de nombreux domaines comme les structures éducatives.

Chez certains intervenants, vivre de ses droits d’auteur est utopique.
Selon eux, la remise en cause de certains droits d’auteurs a pu laisser penser qu’une rémunération des créations n’était pas forcément la chose la plus importante.

Sur Internet, la notion de licence, si elle est mentionnée, peut également imposer un doute sur la ré-utilisation d’une création.
Même si l’on peut facilement faire la différence entre “licence propriétaire” et “licence libre” dans l’utilisation d’un logiciel, pour ce qui est des créations, la notion de licence est un peu plus délicate.

Comme le soulignait Florence Nibart-Devouard (Présidente de la Wikimedia Foundation en France), afficher qu’un contenu est sous licence Creative Commons est vague, tant les licences Creative Commons sont nombreuses et variées. Un lien vers le contenu détaillé de cette licence est par exemple beaucoup plus clair.

Pour moi, la licence Creative Commons est à ce jour la plus pratique à utiliser, puisqu’elle est parfaitement adaptable à chaque besoin, et est en plus parfaitement claire, contrairement à la licence GPL par exemple, qui met en doute la liaison entre le libre et l’open-source (cf. actualité sur la copie du code source de EyeOS par MyBooo).

Paris-Libre - Conférence Economie du Savoir

“Quelles stratégies d’utilisation des logiciels libres dans les grands comptes?” (14/06, 14h-16h)

La liste des intervenants est disponible sur cette page.

“Le libre est-il en voie de conquête de l’entreprise ?”
Réponse globale : Oui.

L’objectif actuel est de faire fuir les monopoles dans le logiciel pour mettre en place une diversité afin de regénérer l’informatique dans les entreprises.

On a pu constater à cette conférence que les grands comptes, les grandes entreprises rejoignent l’administration sur les logiciels libres.
Didier Lambert (président du CIGREF et DSI d’Essilor) a dit :

Le cout des licences n’est pas un problème dans le choix des logiciels. Si on ne paye pas de licence très bien, on dépensera moins. Mais le critère de choix des logiciels est avant tout leur efficacité.

On en revient donc au soucis majeur des entreprises : l’interopérabilité.
Et le principal atout de l’utilisation des logiciel libres, c’est que ces derniers encouragent et favorisent l’utilisation des standards (ouverts) et donc l’intéropérabilité.
C’est donc l’efficacité des applications (mère ou filles) et des postes de travail qui prédominent dans le choix de logiciels, chez les DSI (Directeurs des Systèmes d’Information), et non le fait qu’un logiciel soit libre ou non.

De plus, ce qui est important dans un logiciel libre, c’est la communauté autour du produit, capable de maintenir ce dernier à jour, et de le faire évoluer au fil du temps. Si un logiciel libre n’a pas de communauté autour de lui, les entreprises devront alors engager des développeurs, et donc préfèrent l’utilsation de logiciels commerciaux, dont la maintenance est garantie.

Paris-Libre - Conférence du Libre dans les grands comptes

“La montée en puissance du logiciel libre au niveau mondial” (14/06, 16h30-18h30)

La liste des intervenants est disponible sur cette page.

Les intervenants étants originaires de nombreux pays, on a pu constater que la mise en place de logiciels libres dans certains pays étaient plus compliqués que dans d’autres.

En effet, Maria Bonnefon (OEM Program Manager) de Canonical (société qui s’occupe de la distribution linux Ubuntu) a parlé de la réalisation d’une migration de 40 000 postes de travail sous Ubuntu effectuée en Andalousie il y a peu de temps, et qui s’est déroulée sans problème.
Renato Da Silveira Martini (Président Directeur de l’Institut National de Technologie de l’information au Brésil) a réagit en affirmant qu’une telle migration était une chose impossible pour un pays aussi grand que le Brésil car cela représenterait des coûts et des risques bien trop importants.

L’autre problème qui ralentit ou même empêche totalement la migration totale en plus de l’investissement nécessaire, c’est le noyau dur des structures propriétaires qui persistent avec le piratage.
Majed Khafallah (CEO New Technology Corporation SA et ancien DSI de Tunisie Telecom) en a témoigné puisqu’en Tunisie, la plupart des ordinateurs familiaux sont sous GNU/Linux tandis que les structures éducatives sont sous Microsoft Windows, ce qui pose problème aux élèves/étudiants pour leurs travaux personnels à la maison. Il en va de même pour les ingénieurs informatique qui préfèrent pirater Windows pour continuer à travailler dessus plutot que de migrer sous GNU/Linux.

Petite news : Maria Bonnefon a annoncé que Canonical travaillait en collaboration avec Intel pour fournir dans un avenir proche, des UMPC (Ultra-Mobile PC) équipés de la distribution Ubuntu. Canonical étant en effet passé au titre de “Fournisseur Niveau 1″ chez Intel, comme l’est déjà Microsoft par exemple.

Paris-Libre - Conférence logiciel libre au niveau mondial

A suivre

Le document PDF de cette synthèse arrive très bientôt, ainsi que la troisième partie de cette série d’article qui sera consacrée aux Lutèces d’Or.

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Commentaires

#1
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GR
Lundi 18 juin 2007 à 23:53

Sans nous lancez des fleurs, nos petites notes sont quand même pas mal non ? :p

Et avec cette mise en page et ce que tu as rajouté, ça convient parfaitement :)

Ca donne envie d’y retourner :D

#2
Répondre à ce commentaire
GR
Mardi 19 juin 2007 à 22:19

Pour le Ministère de la Défense, je dirai que entre les textes et ce qui est réellement fait il y a une grosse, très grosse différence! ;)

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